Les soldats de l'empire colonial français
1939-1945


L’Empire au secours de la République

Des tirailleurs sénégalais sur le front en Tunisie
Tirailleurs et spahis marocains sur le front de France


Un Empire divisé, deux armées
La France libre fut africaine
La guerre dans le désert
Les volontaires d'Océanie
Des Antillais, Français libres


L’Afrique du Nord, creuset de l’armée de la libération
La modernisation de l’armée française
La libération de la Corse>
Le débarquement sur l’île d’Elbe
Monte Cassino


L’armée française de la libération
La campagne de Provence
La libération de la Lorraine et de l'Alsace


Archives photographiques




Archives écrites
en préparation


Témoignages
en préparation
   
 
L'Empire au secours de la République
 
 
De la déclaration de la guerre à la défaite de juin 1940
 


A la veille de la Deuxième Guerre mondiale, la France croyait pouvoir s'appuyer sur son empire colonial pour inverser un rapport des forces défavorable avec l'Allemagne nazie. Avec le soutien des 60 millions d'habitants de l'empire, 40 millions de Français de métropole seraient en mesure de faire face à 80 millions d'Allemands : cette équation simple était couramment admise par les chefs militaires, les dirigeants politiques et l'opinion publique.

Au défilé du 14 juillet 1939, les troupes coloniales avaient fait forte impression : « Le peuple de France a follement acclamé l'armée de son Empire, expression de sa puissance et de sa résolution » écrivait un journaliste. L'Etat-Major escomptait en effet puiser dans les colonies les renforts dont il aurait besoin en cas de conflit.

Dès la déclaration de guerre, des soldats débarquaient à Marseille et Toulon venant de toutes les territoires de l'empire. Au début du printemps 1940, devant l'imminence de la confrontation avec l'armée allemande, l'afflux des renforts d'outre-mer s'accéléra ; ils venaient principalement d'Afrique du Nord.
 



Des tirailleurs indochinois et malgaches
dans Paris en février 1940


La contribution de l'empire colonial à l'effort de guerre en mai 1940

Régions d'origine

Européens mobilisés

Indigènes mobilisés

Total des mobilisés

Afrique occidentale française

9 622

112 702

122 324

Afrique équatoriale française

2 361

13 172

15 533

Côte française des Somalis

1 600

6 300

7 900

Madagascar

6 331

27 676

34 007

Indochine

14 236

74 662

88 898

Chine

755

894

1 649

Pacifique

1 123

42

1 165

Antilles et Guyane

387

3 691

4 078

Total

36 415

239 139

275 354

Source : Julien Fargettas La mémoire des soldats du 25e RTS (19-20 juin 1940) Université Jean Monnet, Saint-Etienne, 2000

A la même date, les soldats d'Afrique du Nord étaient un peu plus de 400 000 dont plus de la moitié étaient des indigènes. Environ 16 000 soldats avaient été mobilisés en Syrie et au Liban.

En mai 1940, le total des soldats mobilisés dans l'ensemble de l'empire colonial atteignait près de 700.000 hommes, citoyens de la République et sujets de l'Empire confondus. Ils représentaient un septième des effectifs mobilisés. En France même, les soldats venus d'outre-mer étaient au 1er mai 140 734 : 94 497 Nord-Africains (les indigènes représentant plus de la moitié des effectifs) et 46 237 coloniaux, ce chiffre réunissant Indochinois, Malgaches et « Sénégalais », c'est-à-dire l'ensemble des soldats originaires d'Afrique noire.

Comparée aux 2 millions et demi de Français de métropole présents sur le front, cette contribution des soldats des colonies à la défense de la France demeura finalement limitée : elle correspondait en fait au plan élaboré par l’Etat-major qui envisageait de puiser progressivement les années suivantes dans les forces de l’empire.


Mais l'armée française, brutalement défaite, déposait les armes le 22 juin. Les estimations des pertes témoignent de la très grande violence des combats : plus de 85 000 tués, 120 000 blessés, 12 000 disparus en 44 jours de bataille. Il y avait plus d’un million et demi de soldats prisonniers.
 






Avril 1940. Tirailleurs algériens sur le front








Dans Dunkerque, le 5 juin 1940

 

Des chiffres précis manquent car dans la débâcle, la bureaucratie militaire fut elle aussi emportée et des archives furent délibérément détruites pour ne pas être saisies par l'ennemi. Il est cependant clair que les troupes nord-africaines et coloniales furent proportionnellement plus durement frappées : elles appartenaient pour l'essentiel à l'infanterie qui subit toujours les plus lourdes pertes.

Si le nombre des tués parmi les soldats nord-africains -ils furent 5 400- est proportionnellement à peine supérieur à celui des troupes métropolitaines, les troupes coloniales furent beaucoup plus décimées.

Quelque temps après l'armistice, le Secrétariat d'Etat aux Colonies établissait un état des pertes, c'est-à-dire des tués, des blessés et des disparus, parmi les troupes coloniales: elles étaient supérieures à un soldat sur trois parmi les tirailleurs sénégalais. Cette estimation peut surprendre mais elle rappelle que les Allemands firent à de très nombreuses reprises preuve de sauvagerie à l'égard des soldats noirs, achevant des blessés après les combats, tuant des prisonniers comme ce fut le cas à Chasselay dans le Rhône où 200 d'entre eux furent massacrés à la mitrailleuse.